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Pascal Sombardier : Photo en montagne

By 1 décembre 2016 Pas de commentaires

Né en 1953, Pascal Sombardier parcourt la montagne depuis une cinquantaine d’années, que ce soit à  l’horizontale avec la randonnée, à  la verticale en escalade, en diagonale avec la spéléo, « ¦ Son moteur infatigable semble être l’exploration, la découverte, l’inattendu, qu’il a façonnés en une marque de fabrique Sombardier : « la randonnée insolite ».

OLYMPUS DIGITAL CAMERASa carrière le mène de rédacteur en chef de Montagnes Magazine à  éditeur et directeur de collections sur la montagne. Ses livres de randonnée l’ont fait connaà®tre du grand public, notamment avec Glénat.

 

  • Chartreuse inédite : Itinéraires insolites (2006)
  • Trièves, Dévoluy : Les Plus belles randonnées (2014)
  • Vercors secret : Randonnées hors des sentiers battus (2016)

 (liste non exhaustive)

En octobre 2016, c’est un ouvrage grand format qui voit le jour : Alpes, randonnées insolites et spectaculaires : Du Léman à  la Méditerranée (Glénat).

C’est en apprenant sur les quatrièmes de couverture que la plupart des clichés étaient pris par Pascal Sombardier lui-même qu’un adhérent de Focus Grenoble a eu une idée saugrenue : prendre contact avec lui pour monter une petite conférence sur la photo en montagne« ¦

2 semaines et 120 spectateurs plus tard, voici un résumé de cette soirée riche en images : 

  •  Des régions qui se prêtent à  l’exploration
  • Comment les photos des livres sont-elles prises ?
  • Matériel photo
  • La plus belle découverte
  • Monolithes, cascades, glace et canyoning
  • Les arches : 400 et plus !
  • Est-ce que vous retouchez vos photos ?
  • Matériel rando

Questions-réponses des participants :

  • Peut-on publier une photo d’un lieu privé ?
  • Publier : est-ce difficile ?
  • Comment composez-vous vos images ?
  • Quel est le taux d’échec de vos explorations ?
  • Bonus Focus : Pour vous, qu’est-ce qu’une belle photographie ?
  • Des régions qui se prêtent à  l’exploration »¦

Pascal Sombardier aime beaucoup la montagne, « mais au départ, la photo »¦ bof ». C’est plutôt le sport qui l’attire, notamment l’escalade, mais les situations semblent répétitives. Aujourd’hui, son activité principale n’est plus l’escalade et son regard de randonneur s’est mélangé à  celui de photographe.

Les nombreux massifs de la région Rhône-Alpes sont une mine d’inspiration pour les marcheurs comme pour les contemplateurs.

Le Dévoluy, par exemple, est un endroit que Pascal Sombardier a beaucoup exploré. Ses paysages atypiques l’ont séduit, notamment l’escalier de la Fuvelle à  l’Obiou aux marches incroyablement régulières, comme faites par l’homme.
C’est souvent en observant la montagne d’en bas qu’il découvre des passages peu voire pas utilisés.Au Pierroux, il aperçoit une sorte de vire qui semble dangereuse mais peut-être praticable, sur environ de 2 km de long. « Contre toute attente, une fois là -haut, on se rend compte que ça passe très bien ! »
« C’est en mettant des personnages sur mes photos que je rends l’effet de profondeur. Ici, sans les personnages, la photo n’aurait pas trop d’intérêt. Mais les 3 personnes placées à  trois distances différentes guident le regard. »  
photo-ps-04Du côté de la Haute-Savoie, ses pieds l’amènent au Sommet de la Croix de Fer, auquel on accède par les lapiaz (intéressants en photo, mais difficiles à  prendre à  cause de la réverbération !). Plutôt que d’emprunter le couloir habituel, humide et dangereux, il démontre que le passage sur le côté est tout à  fait possible. Celui-ci offre une superbe vue sur la vallée.
Plus proche de Grenoble, dans le massif du Vercors, un versant étrangement méconnu mais qui offre de splendides balades est la face Est du Moucherotte, que Sombardier qualifie de « paradis des mouflons ». Comme quoi, il est toujours bon de tenter de nouvelles approches, même là  où l’on pense qu’il n’y a rien d’intéressant.

  • On vous voit régulièrement sur vos propres photos ; comment faites-vous ?

Réponse : le plus souvent, avec l’appareil sur trépied et une télécommande ! Sa portée va jusqu’à  100 m, ce qui, explique-t-il, « évite de se tuer. Parce qu’avant, j’avais 10 secondes pour aller me positionner sur la photo »¦ c’était parfois un peu court ! »

  • Quel matériel photo emportez-vous pour vos balades ?

Réponse : « Un appareil solide ! » C’est la première qualité recherchée »¦ avec le moins d’encombrement possible. Bien sùr, pour pouvoir retoucher un peu et imprimer, il faut une bonne qualité d’image, donc des appareils corrects. Pascal Sombardier utilise un appareil numérique compact et parfois, un hybride. Qui dit photo de paysage, dit objectif grand-angle obligatoire »¦ voire ultra-grand-angle.  
« J’ai déjà  croisé des randonneurs-photographes avec 20 Kg de matos sur le dos »¦ c’est bien aussi, mais ce n’est pas pour moi ! »

  • On a parlé prospection, découvertes variées »¦ Quelle est votre plus belle découverte ?

« L’immense cloche percée de plusieurs trous au Plateau de Font d’Urle. Sur le plateau, il y a plusieurs grottes, dont une servait de glacière au 20ème siècle pour le Royans. Dans la plus grande grotte (elles sont toutes reliées), j’ai découvert qu’on pouvait descendre avec une corde. La photo a pris une heure car il y avait des problèmes d’éclairage »¦ Sur une autre photo prise dans la petite grotte du même endroit en septembre, on peut voir de la glace : cette grotte est toujours froide. Il y a là  d’incroyables palais de glace. »

  • Glace, monolithes, cascades et canyoning : 

Un autre exemple de formation de glace à  la fin de l’hiver se trouve dans la Grotte de la Pare au Pic de Bure.

Pour rendre la glace limpide sur les photos : mettre quelqu’un derrière la colonne de glace, qui tient le flash télécommandé. Penser également à  ne pas utiliser le flash quand la lumière du jour est suffisante »¦ sur cette photo, une seule prise a suffit :
photo-ps-05Monolithes : Il y en a plein dans la région, dont le Mont Aiguille. Un conseil : « Il faut y arriver vers 6h le matin, quand la face est bien éclairée, c’est une des règles en photo. Sinon, arriver sur la voie normale vers 16h30, quand elle est au soleil et qu’il n’y a plus personne, c’est très agréable pour grimper. »
Cascades : Ce sont des sujets photographiques très intéressants. Elles sont parfois difficiles à  rendre car il faut bien doser la vitesse selon l’effet voulu. Un bon exercice : la cascade du Carré, au-dessus du Touvet et au-dessous du plateau de Saint-Hilaire. Attention, elle est n’est pas facile d’accès.
Canyoning : C’est une autre discipline qui permet de se promener sur/dans des reliefs étranges comme au Rousset-en-Vercors, dont le petit canyon est l’occasion de jolies photos. Ces circonvolutions me font penser au grès de Sainte-Anne d’Evenos, près de Toulon, ou encore à  la grande arche du Wadi Rum en Jordanie.

  • Après l’Arche de Noé »¦ les arches de Sombardier ? 😉

« Nous avons trouvé environ 400 arches dans les Alpes »¦ c’est devenu une sorte de concours avec mes amis », explique Pascal Sombardier en souriant.
photo-ps-05bis
L’histoire de
la Tour Percée est bien connue des Grenoblois : après qu’elle avait fait la couverture de Chartreuse inédite, sa notoriété a augmenté d’année en année »¦ Bien que l’accès ait toujours été interdit. En effet : il s’agissait en réalité d’une propriété privée.
Le Marquis de Quinsonas, propriétaire des lieux, ne souhaite pas qu’il y ait des randonneurs sur ses terres, c’est pourquoi le livre ne peut plus paraà®tre. Quand on pense qu’il s’agit là  d’une réserve naturelle ; mais que les chasseurs qui payent, eux, ont le droit de s’y promener avec leur fusil »¦ ça fait réfléchir.

Photo à  l’entrée de la Grotte de Bournillon : avec flash, sinon le fond serait cramé »¦ et ce serait noir devant. Un accessoire pratique pour la photo en grotte : une lampe torche (quand on ne la perd pas au fond d’un lac »¦), ne serait-ce que pour le réglage de la mise au point ! (prix de ce genre de lampe : environ 60 euros sur Internet)
Photo de la grotte de Gournier : « Grà¢ce à  la photo, on s’arrête. On regarde. »

  • Est-ce que vous retouchez vos photos avec Photoshop ?

Oui, avec Photoshop pour quelques paramètres au moins. Tous les photographes qui publient sont obligés de le faire, ne serait-ce que pour passer leurs images en CMJN.
Ensuite, il faut souvent déboucher un peu les zones sombres ; on éclaire pour sortir les détails (enfin, pour les appareils haut de gamme en tout cas, parce que sinon, le détail dans les noirs est perdu).
Autre cas de figure : quand la neige « grille » l’image, on peut déboucher les noirs, assombrir les blancs et éventuellement accentuer, retoucher la couleur.

  • Quel matériel de randonnée emportez-vous ?

Règle N°1 : Toujours un bout de corde de 30 m au fond du sac !
Règle N°2 : Mettre un casque dans la plupart des cas. Même si la génération précédente a du mal à  l’entendre »¦ ça peut paraà®tre incongru, mais c’est fondamental.
Et puis un baudrier, un descendeur.
N.B. : La première sécurité, c’est savoir évaluer ses capacités, par rapport à  l’endroit où l’on va.

  • Peut-on publier une photo d’un lieu privé ?

Pour l’utilisation commerciale, une autorisation écrite est nécessaire. Soit de la part du propriétaire quand c’est tout à  fait privé (cf. la Tour percée), soit par exemple le Préfet de la Drôme pour la réserve naturelle des Haut-Plateaux du Vercors, etc.

  • Publier : est-ce difficile ?

Il est très difficile de gagner de l’argent avec des photos« ¦ sauf peut-être dans la publicité. Donc en ce qui concerne les livres de randonnée en montagne, ce n’est pas rémunérateur ; il faut avoir un métier à  côté.

  • Comment composez-vous vos images ?  

Comme déjà  dit précédemment, placer au moins un personnage dans le cadre est toujours appréciable pour donner un effet de profondeur« ¦ Ensuite, oui, Pascal Sombardier fait attention aux lignes directrices et à  ce genre de choses car il baigne depuis longtemps dans le monde de l’image, mais il considère que « la photographie, c’est avant tout transmettre une vision ».

  • Quel est le taux d’échec de vos explorations ?

Il est très important ! Si on regarde plutôt le taux de réussite (soyons positifs), cela fait environ 10%
« Mais l’enthousiasme de la découverte, c’est le meilleur moment ! »

Bonus Focus : Pour vous, qu’est-ce qu’une belle photographie ?  Réponse(s) en images »¦