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Histoire d’une photo # 7

Dita Von Teese pour Elle Men China par Albert SANCHEZ : la Pin-up

La femme punaisée, ou Pin-up, machisme ou bien culte de la beauté des corps féminins ?

Si ce nom provient de Gi’S de la seconde guerre mondiale qui punaisaient ces photos dans leurs baraquements, la toute première Pin-up date de 1897 avec la Gibson Girl parue dans le magazine Life. Elle représentait la femme américaine par excellence. Le succès de ces photos va démarrer avec les sulfureux calendriers Brown and Bigelow basés au début sur des dessins. L’aviation US s’appropriera aussi ces symboles dans ce que l’on appellera le Nose art : peindre le nez de l’avion.

Gil Elvgren, dans les années 50 60, sera connu pour ces dessins réalisés à partir de photo. Puis cette dernière sera le mode le plus utilisé et rendra l’image beaucoup plus réelle, tout en conservant un érotisme certain. Elle deviendra alors une forme particulière de portrait.

Le visuel de la Pin-up est extrêmement précis, et réponds à 3 critères, même s’il peut exister quelques variations :
– les plus beaux atouts de la femme doivent être mis en valeurs par une pose, des habits jusqu’à une exagération minutieusement pensée.
Les critères de la beauté du moment sont bien sûr mis en avant. Le visage doit être déconnecté de la scène puissamment érotique de manière à ne pas la rendre sexuelle ;
– on doit pouvoir suggérer le métier ou l’activité tout à fait honorable du mannequin ;
– la Pin-up n’a qu’un prénom virtuel pour garder le coté anonyme et renforcer le fantasme.

Si le destinataire est clairement l’homme avec une image de femme idéale (et sans doute objet), c’est aussi, pour les femmes, une façon de se rendre inaccessible et de décider ce qu’elles veulent dévoiler.

Et là je reçois une volée de bois vert par toutes les féministes

Formidable outil de communication, cela a été récupéré par les grandes marques pour vendre leurs produits. Le salon mondial de l’automobile en est un vivant exemple…

Betty Grable (deux photos de droite), la plus connue des Gi’S, ou encore Bettie Page, avec sa frange (photo de gauche) et ses photos SM au sourire enfantin, Jayne Mansfield, Marylin Monroe sont les plus marquantes..

A l’heure actuelle, la part belle est faite aux mannequins professionnels qui s’inspirent des clichés anciens pour réaliser leur book.

Jessica Sutta, Christie Brinkley, Bernie Dexter, Ida Van Muster et Dita Von Teese, qui illustrera cette chronique.

Il s’agit d’une image montrant une femme assise sur une banquette dans ce qui semble être un décor de bar. Elle est vêtue d’une robe de chambre en soie grise révélant un décolleté vertigineux, escarpins et bas finissent de l’habiller.

C’est une photo couleur, 4/3, en format portrait publiée dans le magazine « Elle Men China ». A. Sanchez donne comme exif : F/11, /125 sec, iso 100, Hasselblad avec un 120 mm.
Le point de vue est frontal, centré, avec un éclairage type soft box de grande taille provenant de la droite légèrement plus haut que le sujet. Les ombres sont très douces sur le mannequin alors que l’éclairage ambiant du bar en arrière plan est plus dur, n’a pas la même balance des blancs et est rehaussé par une large box.
D’entrée ce qui est remarquable dans sa composition, c’est cette symétrie parfaite, puis notre attention se porte sur le décolleté et le galbe des seins parfait (à moins que se ne soit l’ordre inverse).

La tête s’intègre entre 2 chaises de bar, de part et d’autre. La banquette sépare deux zones sombres, le corps est lui aussi symétrique, le visage étant juste de ¾, le regard fixant l’objectif. On peut tout à fait insérer le corps dans 2 triangles presque isocèle, l’un pour la tête bras et bassin et l’autre pour le bas de la robe. De la même façon les parties du corps découvertes réalisent 2 triangles reliés par la pointe comme un X, donnant l’impression que le décolleté est aussi long que les jambes… Le détail allant jusqu’au port de bague sur le même doigt.
Deux plans, la banquette avec Dita Von Teese et le bar, qui donne un décor qui nous situe cet endroit. Une profondeur de champs importante mais qui détache suffisamment la personne du fond.
Le choix judicieux de la soie renvoie (comme la texture de l’assise) la lumière et éclaire davantage la personne. Le contraste des nombreux plis de la robe s’oppose au teint diaphane et lissé de la peau (lissage accentué par un peu de post traitement dixit l’auteur) contribuant à attirer notre regard sur cette partie de l’image.
On peut observer, de manière générale, deux couleurs : une déclinaison de ton brun-beige, et le gris bleu de la robe, qui se complètent bien et qui adoucissent la composition. Seul le rouge à lèvre et le vernis donnent un coté pep’s.

Dita Von Teese fait du « burlesque », c’est-à-dire de l’effeuillage à la française, et elle a fait du coté Pin-up son credo. Cela semble évident avec cette image où elle fait correspondre le rétro et le moderne dans le même espace temps. Une image typique qui fait appel à un inconscient collectif de beauté, de féminité mais qui tends à se généraliser sur toutes les photos de mode. Seuls les 3 critères valideront la Pin-up avec peut être en plus un coté années 50 – 60 qui prends toute son importance.

Quant à Albert Sanchez, c’est un portraitiste californien je crois, qui gère la lumière de manière très douce et redoutablement efficace. Je vous laisse le découvrir sur son site : http://albertsanchez.com